Le stockage d’énergie, enjeu majeur de la transition énergétique – MICRO SOLAR ENERGY
Responsive image
Article

Le stockage d’énergie, enjeu majeur de la transition énergétique

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/le-stockage-denergie-enjeu-majeur-de-la-transition-energetique-257030

LE CERCLE/POINT DE VUE – La montée en puissance des énergies renouvelables ne pourra se faire sans capacités de stockage adéquate. Aucune solution n’étant aujourd’hui sans inconvénient, il faut miser sur un mix de technologies, en privilégiant celles qui créeront de l’emploi en France.

Le mouvement des « gilets jaunes » a été provoqué au départ par une hausse de la fiscalité écologique . La transition énergétique apparaît plus souvent comme une source de mesures punitives, alors même qu’elle pourrait présenter de nombreuses opportunités de création d’emplois et de richesse dans les territoires.

Les « emplois verts » issus de la transition énergétique commencent à exister. Cependant, les équipements sont souvent fabriqués à l’étranger et les emplois concernant des travaux d’installation sont trop souvent marginaux.

 Le stockage d’énergie, un enjeu clef de la transition énergétique pour réguler l’intermittence créée par les énergies solaires et éoliennes.

Les choses pourraient changer avec le stockage d’énergie, un enjeu clef de la transition énergétique pour réguler l’intermittence créée par les énergies solaires et éoliennes. Notre pays doit avoir une stratégie pour le stockage d’énergie, avec l’annonce de la dernièreprogrammation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui prévoit une forte augmentation du solaire et de l’éolien. De véritables filières industrielles très créatrices d’emplois dans les territoires peuvent ainsi voir le jour.

Dans un récent rapport, Bloomberg a d’ailleurs estimé que les besoins de stockage d’énergie allaient amener des investissements de 103 milliards de dollars d’ici 2030 dans le monde.

Les limites du lithium et du cobalt

En matière de stockage d’énergie, l’hydrogène, l’air comprimé et les volants d’inertie sont coûteux. Si l’utilisation des batteries fait sens au regard de leur usage pour la mobilité, elle comporte un risque majeur en termes de perte de souveraineté énergétique. Les batteries lithium-ion, généralement fabriquées en Asie, nécessitent en effet des matériaux rares comme le lithium et le cobalt provenant d’un petit nombre de pays en situation d’oligopole : d’après le cabinet McKinsey, le cobalt sera bientôt extrait pour 75 % de la République démocratique du Congo (RDC) et le lithium à 89 % de l’Argentine, du Chili et de l’Australie.

En outre, la Commission européenne vient d’annoncer une pénurie de cobalt en 2025 , tandis que, dans le même temps, la création d’un cartel des producteurs de lithium sur le modèle de l’Opep pour le pétrole est plus que probable avec seulement 3 pays dominants. Pour mémoire, l’Opep regroupe 14 pays qui représentent seulement 41 % de la production mondiale. Enfin, l’impact environnemental n’est pas à négliger non plus, puisque les batteries produisent aussi des déchets toxiques coûteux à recycler. Elles sont fabriquées en général en Asie.

Générateur d’électricité et d’emplois

Lors de son audition mi-décembre à l’Assemblée nationale dans le cadre de la PPE, François de Rugy a indiqué qu’il était nécessaire de « s’appuyer sur ce qui est fiable technologiquement et compétitif économiquement ». En ce sens, les systèmes de transfert d’énergie par pompage (ou Step), solution parfaitement fiable utilisée depuis plus de cent ans, peuvent connaître une renaissance. Il n’y a plus de sites disponibles pour accueillir des grands Step classiques de centaines de mégawatts.

Cependant, en visant des unités de 3 à 15 MW de micro-Step, avec de l’eau en circuit fermé pour éviter de construire des barrages, il est possible d’installer des solutions à des coûts comparables à ceux des batteries avec un dénivelé minimum de 200 mètres. Autre avantage important, la possibilité de créer de l’emploi local, notamment dans des territoires dits « périphériques »

En France, un premier projet expérimentant les micro-Step pourrait créer 100 emplois pendant deux ans en Martinique . Cela se fera en s’appuyant sur des expertises françaises de niveau mondial dans la fabrication de turbines hydroélectriques, l’ingénierie et le BTP.

Aucun système ne faisant véritablement consensus, il apparaît aujourd’hui nécessaire de mettre en place un mix énergétique du stockage de l’énergie renouvelable. Or, si l’enjeu environnemental est le premier paramètre à prendre en compte, il est nécessaire de ne pas passer à côté de l’opportunité de développer une filière industrielle créatrice de nombreux emplois à un moment où nos territoires en manquent cruellement.